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Douleurs de CROISSANCE
PAR JORDANA BROWN
Appeler le docteur ou laisser tomber? Apprenez à distinguer douleurs et
blessures, et sachez ce qu’il faut faire dans les deux cas
Comme le dit Mr. T dans Rocky III: Demandez à un bodybuilder ce qu’il
prévoit pour sa prochaine séance et il vous répondra avec
ce seul mot: “souffrir.” Cette souffrance peut être un élancement
dans l’épaule quand on lève le bras d’une certaine
façon, elle peut être la brûlure que l’on ressent dans
les biceps après une série longue de curls au pupitre ou elle peut être
la douleur lancinante qui, sans que l’on sache pourquoi, a élu domicile
dans le bas du dos. L’affirmation “J’ai mal” décrit
toutes ces situations, mais elle ne donne absolument aucun détail sur
la nature du mal en question.
Soulever sans cesse des centaines de kilos de métal endommage fortement
les fibres musculaires et, comme nous le savons tous, c’est le processus
de réparation de ces fibres qui fait que quelqu’un comme Ronnie
Coleman est devenu M. Olympia!
Toutefois, il y a douleurs et douleurs. Pour vous permettre de différencier
entre ce qui est bénin et ce qui risque de vous obliger à cesser
tout entraînement pendant plusieurs semaines, nous nous sommes adressés à un
membre du comité consultatif de M&F, Nick DiNubile, chirurgien orthopédique,
spécialiste de médecine sportive et auteur de FrameWork: Your Seven-Step
Program for Healthy Muscles, Bones and Joints (Rodale, 2005). “Les athlètes
apprennent à être à l’écoute de leur corps, à faire
la différence entre bonne et mauvaise douleur,” explique-t-il. “Un
entraînement dur n’est pas toujours une partie de plaisir, mais avec
l’expérience, on finit par savoir comment contourner la douleur
et quand s’arrêter.” Pour vous aider dans cette démarche,
voici les réponses à quelques-unes de vos questions les plus pressantes… et
les plus douloureuses! [NDLR: cet article ne vise nullement à traiter
ou a diagnostiquer une blessure ou une maladie. Faites preuve de bons sens et,
en cas de doute, consultez un médecin.]
N°1
Quelle genre de douleur doit être signalée au médecin?
Avant tout, il convient de rappeler que la douleur est importante. La question
est de savoir si elle indique un problème majeur ou non. “Je suis
attentif à toute douleur brutale et vive qui survient d’un côté du
corps, surtout à la suite de quelque chose que l’on vient de faire,” souligne
DiNubile, “et en particulier si elle est grave et qu’elle est accompagnée
d’un œdème, d’un hématome ou d’une perte
de mobilité de l’articulation.”
Attention: le fait de ne plus avoir mal le lendemain ne signifie pas que le
problème
a disparu. “L’entraînement masque remarquablement bien certaines
atteintes parce qu’une fois que l’on est échauffé et
que l’on secrète des endorphines, on peut accentuer l’effort:
le corps ne nous dit pas toujours que l’on aggrave la situation, notamment
si l’on a une blessure chronique et récurrente,” fait observer
DiNubile;
“On peut se sentir en grande forme pendant la séance et s’apercevoir,
le soir ou le lendemain matin, que quelque chose cloche.”
DiNubile conseille de commencer par s’autotraiter. Par contre si la douleur
ne s’atténue pas assez vite ou si elle revient ou qu’elle
provoque une faiblesse ou un engourdissement, il faudra consulter.
N°2
Comment faire la différence entre courbatures et blessures?
Comme tout type de douleur, il y a divers degrés dans les courbatures
que l’on ressent naturellement après un entraînement. “La
brûlure légère qui survient au cours de la séance
ou bien les petites courbatures du lendemain que l’on ressent de façon
symétrique dans le corps et qui ne gênent qu’un peu, n’ont
pas de quoi inquiéter,” souligne DiNubile. “Elles indiquent
probablement que l’on progresse. Les courbatures différées,
quant à elles, sont des douleurs musculaires plus prononcées qui
ont tendance à survenir après un entraînement plus dur. Il
faut cependant que ces douleurs se manifestent des deux côtés du
corps et au milieu du ventre musculaire. “Si la douleur est plutôt
localisée au niveau de l’articulation et surtout si elle ne touche
qu’un côté du corps, il pourrait alors s’agir d’un
tendon ou d’un traumatisme articulaire,” déclare DiNubile.
Bien que le repos soit capital pour surmonter les blessures, une activité modérée
peut accélérer la récupération.
DiNubile recommande du cardio-training léger pour activer la pompe cardiaque.
“Une bonne circulation du sang dans le corps fait l’effet d’un
nettoyage
qui va évacuer les déchets et atténuer les dégâts.
Des étirements effectués en douceur, ou peut-être des massages
légers ou un bain chaud, sont autant de moyens d’activer la récupération.”
N°3
Le muscle A me fait mal. Puis-je travailler le muscle B ou le muscle C?
Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte deux
facteurs. Le premier est la gravité de la douleur ressentie. DiNubile
affirme que cesser tout entraînement pendant quelques jours n’est
pas une mauvaise idée. Cela dit, vous pouvez continuer à faire
de la musculation, à condition d’être attentif à votre
corps et aux signaux de douleur qu’il vous envoie. “Beaucoup d’exercices
sont de type polyarticulaire: il faut donc bien comprendre que parfois, le muscle
blessé n’est peut-être pas le muscle principal, mais qu’il
joue simplement un rôle d’assistance pour un autre groupe musculaire,” souligne
DiNubile. “Si cela pose problème, stoppez cet exercice et trouvez
une autre façon de solliciter ce muscle.”
N°4
J’ai mal aux rotules quand je travaille les jambes. Que puis-je faire?
“S’il y a une certaine usure sous les rotules, la douleur pourrait être
déclenchée par le squat, la fente avant et le leg extension,” prévient
DiNubile. “On doit donc exercer les jambes avec discernement.” En
fait, le syndrome fémoro-patellaire (c’est ainsi qu’il est
décrit par les médecins) est l’une des atteintes les plus
courantes chez les patients qui pratiquent la musculation. DiNubile conseille
de voir un spécialiste de médecine du sport pour qu’il donne
certaines idées sur la manière de contourner au mieux ce problème
délicat. En général, précise-t-il, “les élévations
de talon ne gênent pas, pas plus que le travail des ischios et celui des
adducteurs et des abducteurs de la hanche. Par contre, c’est le travail
des quadriceps qui cause des dégâts.” Essayez de faire des élévations
des talons avec les jambes tendues (car il y a beaucoup moins de pression sur
les genoux) ou des leg extensions, mais en réduisant la charge et en diminuant
la course des contrepoids de façon à ce que le mouvement n’intervienne
que sur les 15 ou 20 derniers degrés de l’amplitude. Si vous ne
ressentez pas de douleur, augmentez la charge et l’amplitude du mouvement
progressivement et par petites fractions. Pensez aussi à étirer
en particulier les ischios, la partie externe des cuisses et les quadriceps.
N°5
Mon cou est raide et douloureux et cela me gêne beaucoup à l’entraînement.
Que puis-je faire?
Il est vraisemblable que vous ne pensez pas beaucoup à votre cou… jusqu’au
moment où il commence à être douloureux: dans ce cas, la
première chose à faire est d’aller voir votre docteur. La
colonne cervicale (de la base de la nuque à la base du crâne) est
assez délicate, surtout quand on pense au travail énorme qu’elle
réalise. La plupart du temps, les lésions de cette partie du corps
sont dues au fait que l’on prend des charges trop lourdes quand on travaille
le haut du corps avec, comme conséquence, une déformation de la
technique. Une fois que vous aurez contrôlé votre ego et reposé vos
haltères surchargés, la meilleure méthode pour s’entraîner
quand on a mal au cou est de procéder sur un mode unilatéral. “Par
exemple, si l’on fait du développé épaules avec les
deux bras, on a tendance à rentrer le cou,” fait observer DiNubile. “Par
contre, si l’on exerce chaque côté séparément,
le cou tend à se relâcher un peu plus et on isole même davantage
le muscle. “Dans la mesure du possible, prenez un appui - agrippez un support
vertical de la main opposée – afin d’avoir une meilleure stabilité.
DiNubile recommande également d’effectuer, d’une part, un échauffement
de pré-entraînement combinant des étirements du cou et une
activité aérobie et, d’autre part, d’alléger
les charges à soulever afin de se concentrer sur le perfectionnement de
l’exécution.
N°6
Quand on est blessé, vaut-il mieux s’entraîner aux machines
plutôt qu’avec des charges libres?
On pourrait imaginer que comme la trajectoire est contrôlée et que
le muscle est mieux isolé, une machine agresse moins un muscle douloureux
que des charges libres. Or, ce n’est pas forcément le cas, indique
DiNubile. “Les machines offrent effectivement un meilleur contrôle;
elles augmentent un peu la stabilité du corps et l’isolation des
muscles ciblés, mais on peut très bien effectuer une rééducation
post-traumatique avec des charges libres ou des sangles élastique. Réaliser
un geste correctement est plus important que faire un choix entre appareils et
charges libres: si le geste réalisé aggrave la douleur, il faut
trouver une solution afin d’éviter cet effet néfaste. Exemple:
si l’on a mal à une épaule, le développé à la
machine ou avec des haltères peut être problématique alors
que des élévations latérales avec ces mêmes équipements
peuvent être tolérables. Découvrez votre corps et identifiez
les mouvements qui vous gênent, puis essayez de contourner la difficulté jusqu’à ce
que vous parveniez à effectuer ces mêmes mouvements sans inconfort.”
N°7
Je me suis fait mal à un doigt et cela affaiblit ma prise. Comment puis-je
travailler les bras?
Quand on pense aux exercices pour les biceps et les triceps, ce sont les curls
et les extensions qui viennent automatiquement à l’esprit et pourtant,
on peut procéder autrement pour congestionner ces muscles. DiNubile précise
que certains modèles de machines sont munis de manchons qui permettent
d’appuyer avec les poignets, si bien que les mains sont ouvertes et détendues.” Si
votre salle de musculation ne possède pas ce genre d’appareils,
DiNubile recommande de bander le doigt blessé contre un autre doigt afin
de le stabiliser. Si la prise continue d’être douloureuse, il suggère
de travailler en isométrie, par exemple en essayant de fléchir
le bras tandis que le poignet est bloqué contre un appui fixe. Attention
toutefois car, comme il le signale: “Si la lésion ne remonte qu’à quelques
jours, tout exercice lourd risque d’augmenter l’œdème.
Donc si la partie blessée est enflée et qu’il y a un hématome,
il sera peut-être souhaitable de la maintenir en surélévation
et de ne pas utiliser cette main pendant quelques jours.”
Quand maladie rime avec fini
La douleur que vous ressentez est diffuse dans tout le corps, et si seulement
votre nez arrêtait de couler pendant quelques minutes, vous prendriez votre
température pour voir si vous avez vraiment de la fièvre. Quand
est- on trop malade pour s’entraîner? D’après Nick DiNubile, “l’activité sportive
est un remède: elle fait vraiment un bien énorme.” Tout culturiste
sérieux sera d’accord avec ce constat, mais certaines maladies sont
trop graves pour être guéries par un entraînement, aussi bon
soit-il. DiNubile déconseille de faire du sport si l’on a une forte
fièvre ou si l’on se sent faible ou que l’on a la tête
qui tourne. Il suggère de lever le pied même quand on a un simple
rhume. “Une période où l’on est malade n’est
peut-être pas le meilleur moment pour progresser; en revanche, cela n’empêche
pas de faire des entraînements légers qui vont vraisemblablement
favoriser la récupération.”
Les anti-douleurs peuvent être des anti-progrès
La douleur est peut-être une tactique sophistiquée mise au point
par notre corps pour nous faire savoir que quelque chose ne va pas, mais ce
n’est pas une raison pour l’endurer stoïquement. Les rayons
des pharmacies regorgent d’antalgiques, mais seuls certains de ces médicaments
conviennent à celles et ceux qui ont adopté le style de vie culturiste.
Si vous êtes terrassé par un mal de tête, prenez du paracétamol.
En effet, les études ont montré qu’il ne dégrade
pas le tissu musculaire. D’un autre côté, il n’est
pas efficace pour combattre l’inflammation: pour cela, l’ibuprofène
est ce qu’il y a de mieux. Par contre, on a montré que ce dernier
inhibe le développement musculaire. Si vous avez mal aux articulations,
prenez une supplémentation de glucosamine (1 500 à 2 000 mg par
jour répartis en 2 à 3 doses) et de chondroïtine (800 à 1
200 mg par jour répartis en 2 à 3 doses). Cependant, il ne faut
pas escompter de soulagement réel avant 6 à 8 semaines. Par ailleurs,
la prise de 2 à 3 g/jour d’huile de foie de poisson aide à préserver
les articulations. Quant aux douleurs normales causées par la musculation – comme
les courbatures – cessez de cous plaindre. Être un bodybuilder,
c’est aussi apprendre à supporter la douleur! M&F
Jordana Brown est une journaliste indépendante qui habite à Los
Angeles.
Diffusé au niveau international, cet article a un but uniquement informatif.
Il ne vise, en aucun cas, à encourager l'achat ou l'usage du/des produits
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