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LE RÉGIME ALTERNÉ
Faites fluctuer vos apports caloriques pour booster votre métabolisme
PAR CHRIS STREET
L’obligation de surveiller son alimentation empoisonne souvent la vie des
bodybuilders car il s’agit de perdre du gras sans céder de muscle,
objectif impossible à réaliser avec les régimes classiques.
On se retrouve prisonnier d’un cercle vicieux où la réduction
des calories finit par ralentir le métabolisme. Résultat, le physique écorché auquel
on aspire semble inaccessible.
Nous allons vous présenter une démarche nutritionnelle qui n’implique
ni restrictions draconiennes, ni séances de cardio-training interminables.
En fait, avec ce programme, le volume alimentaire est fréquemment élevé.
Non seulement, on mange de façon intelligente (ce qui satisfait le palais
et avantage la silhouette), mais on peut contrôler son poids de façon
permanente. On peut y parvenir à l’aide d’une méthode
dite régime en zigzag ou régime alterné: elle consiste à augmenter
et à diminuer judicieusement les apports caloriques de manière à stimuler
le métabolisme et à amener le corps à brûler le maximum
de graisses tout en préservant au mieux le capital musculaire. Cette stratégie
présente surtout l’avantage d’être facile à appliquer.
Trop beau pour être vrai? Lisez donc ce qui suit pour découvrir
comment avoir un physique mince et musclé avec le régime zigzag.
>> LA SURVIE DES PLUS GRAS
Un régime classique provoque une perte de graisse, généralement
accompagnée d’une fonte musculaire: à l’issue d’un
programme basses calories, on pèse moins (du moins pendant quelque temps),
mais on affiche un pourcentage de graisse plus élevé qu’auparavant
en raison de la diminution de la masse maigre (le corps commence à dégrader
les acides aminés des muscles pour se fournir en énergie). Pire
encore, une fois que l’on revient à un schéma alimentaire
normal, on s’aperçoit que le corps a une plus forte tendance à stocker
les calories supplémentaires sous forme de tissu adipeux! La raison est
que, sous l’effet de la baisse de l’apport calorique, l’organisme
ralentit son métabolisme afin de ne pas perdre de graisse.
Ce mécanisme de survie remonte à l’époque où nous étions
chasseurs-cueilleurs. Comme mode de stockage de l’énergie, la graisse
est très efficace: notre physiologie a évolué de manière à la
conserver et ce, depuis l’époque où la nourriture était
rare et où seuls les êtres humains qui avaient le plus de graisse
disposaient d’un avantage au plan de l’évolution de la race.
C’est ce que les scientifiques désignent par les termes “effet
de famine:” si cet effet était bénéfique pour l’homme
des cavernes, il est particulièrement néfaste quand on cherche à avoir
une silhouette affinée. La solution consiste donc à faire croire
au corps qu’il dispose d’un surplus de nourriture. En théorie,
cela maintient un métabolisme élevé (combustion des graisses
et pas de stockage) et épargne, en même temps, le précieux
tissu musculaire qui a été acquis.
>>
DES PREUVES À L’APPUI
Je serai franc avec vous: le régime zigzag n’a fait l’objet
d’aucune étude spécifique, mais cela ne veut pas dire que
nous ne pouvons pas en explorer les possibilités. Par contre, de très
nombreuses recherches ont été effectuées sur la façon
dont l’organisme réagit à différents apports caloriques, à l’apport
des macronutriments et à l’activité sportive. Par exemple,
des travaux conduits au Centre de recherche sur la nutrition à l’université de
Limburg, Maastricht (Pays-Bas), ont montré que la suralimentation augmente
l’activité du système nerveux sympathique, accélérant
de ce fait le métabolisme des sujets. Aux USA, des recherches menées
au Pennington Biomedical Research Centre and School of Human Ecology ont révélé clairement
que notre corps adopte différents mécanismes d’utilisation
de l’énergie selon que l’on suit un régime hypocalorique
ou hypolipidique.
Le fait qu’une consommation élevée ou faible de sucres provoque
des changements physiologiques ne vous étonne certainement pas et vous
ne serez pas, non plus, surpris d’apprendre que la variation de l’apport
protidique se traduit par des réponses organiques différentes.
Dans une étude, on a analysé les adaptations du métabolisme
de la leucine et du glucose à trois jours de jeûne chez six jeunes
gens en bonne santé: on a constaté une amplification de la dégradation
des protéines et une oxydation de la leucine dans un laps de temps très
court. Chose intéressante, cette étude a également fait
apparaître une chute de 8% du métabolisme au cours de la période
de jeûne.
À
l’autre extrémité du mode alimentaire, des études
sur la suralimentation ont montré que cette surcompensation augmentait
la masse maigre et le taux plasmatique des hormones anabolisantes. Dans une étude
sur des sujets féminins, on a noté une élévation
de la masse maigre et des taux d’IGF-1, de testostérone et d’insuline
au terme de trois semaines de suralimentation. Bien sûr, il n’est
pas question de multiplier les excès de nourriture ou de prolonger ce
type de régime pendant trop longtemps, sauf si vous privilégiez
le look “zéro abdos.”
>> IL NE SUFFIT PAS DE MANGER MOINS
Puisque nous savons tout cela, l’étape suivante consiste à extrapoler à partir
de ces recherches afin de pouvoir tirer le meilleur parti des changements physiologiques
induits par ce que l’on mange et par les quantités consommées.
Toutefois, avant d’aborder ce sujet, je vais vous expliquer pourquoi manger
moins ne constitue peut-être pas la meilleure démarche: si l’on
se contente de diminuer les calories et les protéines (comme c’est
le cas des régimes classiques), on assiste à une chute des concentrations
d’hormone de croissance, d’IGF-1, d’insuline et d’androgènes,
autant d’effets qui ne sont certainement pas propices à la prise
de masse musculaire.
Dans cette optique, il est évident qu’en suivant des cycles de sous-alimentation
et de suralimentation (avec de courtes périodes de modification des apports
protidiques, lipidiques et glucidiques), on peut provoquer une réponse
adaptative qui se traduira par une diminution de la masse grasse et par davantage
de muscle. Les bienfaits ne s’arrêtent pas là. Vous savez
comme moi qu’observer un régime peut être ennuyeux, c’est
le moins que l’on puisse dire. Susan Kleiner, conseillère en nutrition
auprès de nombreuses équipes sportives et auteur de Power Eating
(Human Kinetics), considère qu’un mode alimentaire alterné est
bénéfique. “Bon nombre de bodybuilders adoptent des régimes
draconiens,” explique-t-elle. “Il peut parfois leur arriver d’avoir
du mal à tenir jusqu’au bout de la semaine. Si l’on observe
un régime aussi extrême, le fait de pouvoir changer de rythme et
de transformer son mode alimentaire pendant un certain temps peut, à défaut
d’autre chose, aider énormément sur le plan psychologique.”
>> LE PROGRAMME
Il est clair que pour rester mince, la solution n’est pas d’adopter
une démarche diététique extrême, mais d’élaborer
une stratégie nutritionnelle facile à suivre et adaptée
au mode de vie de chacun. Laissez donc tomber les régimes avec leurs effets “perte
de poids-reprise de poids” et optez pour l’approche zigzag. Il faut
viser un équilibre alimentaire et faire preuve de bon sens. L’approche
zigzag (ou cyclique) est, en fait, une stratégie de longue haleine et
non pas un “régime” au sens habituel du terme: elle permet
de moduler l’apport calorique d’une semaine sur l’autre afin
que le corps devienne — à vie — une machine à oxyder
les graisses et à faire du muscle.
>> COMPTER LES CALORIES
Pour démarrer le programme, il convient de déterminer le nombre
de calories que vous consommez chaque jour. Faites un suivi sur sept jours en
notant tout ce que vous mangez au cours de la semaine, puis totalisez les calories
et divisez par sept: vous obtiendrez la moyenne journalière. Ainsi, si
vous avalez 17 500 calories par semaine, cela correspond à une moyenne
de 2 500 calories par jour: ce chiffre représente le nombre de calories
nécessaires pour maintenir votre poids de corps actuel et nous l’utiliserons
comme point de départ de la méthode zigzag.
>> COMMENT MANGER
Une fois que vous aurez calculé votre apport calorique journalier, l’étape
suivante consiste à analyser les quantités de lipides, de protéines
et de glucides consommées quotidiennement. Les lipides sont particulièrement
importants puisqu’ils apportent plus de calories par gramme que n’importe
quel autre nutriment (9 Kcal par gramme, comparé à 4 pour les glucides
et autant pour les protéines). Pour mincir, il est bon de commencer par
diminuer les calories en mangeant moins de matières grasses. En règle
générale, je recommande aux bodybuilders de faire en sorte que
seulement 15% du total calorique quotidien soit issu des graisses alimentaires.
Naturellement, quand on cherche à conserver la masse maigre tout en éliminant
du gras, les protéines jouent un rôle fondamental. Parmi les sources
de qualité, citons le blanc de poulet sans la peau, le poisson, le blanc
de dinde, le blanc d’œuf, le bœuf maigre et la whey protéine.
Votre apport protidique journalier devra être d’environ 2,2 g par
kilo de poids de corps.
Si les protéines sont essentielles pour construire du muscle et le préserver,
les sucres fournissent le carburant nécessaire dans la pratique du sport
de la fonte. Si le corps ne dispose pas d’assez de glucides à des
fins énergétiques, il n’hésite pas à s’approvisionner
en puisant dans le tissu musculaire. Pivot de votre programme d’entraînement,
les glucides devront être apportés par des aliments tels que les
flocons d’avoine, le pain complet, le riz, les pâtes,
les pommes de terre et les fruits. Évitez les produits raffinés
comme les boissons sucrées et les pâtisseries industrielles. Environ
6,6 g/jour de glucides par kilo de poids de corps devraient suffire: cette quantité sera
majorée ou minorée selon que vous êtes en phase hypercalorique
ou hypocalorique.
>> MANGER MOINS, BRÛLER PLUS
Pour perdre du tissu adipeux, il faut mettre en place un déficit calorique,
mais cette réduction sera modulée. Le principe du régime
zigzag est de jouer sur la tendance naturelle du corps à ralentir son
métabolisme dès qu’il perçoit un état de famine.
En augmentant et en diminuant les calories de façon systématique,
on peut exploiter ce mécanisme de survie de façon positive. Grosso
modo, on empêche la perte de poids de stagner tout en préservant
le volume des muscles squelettiques.
Il est capital de garder du muscle parce que c’est le régulateur
métabolique du corps. Plus on a de masse maigre, plus on brûle de
calories au repos et pendant l’effort. N’oubliez pas que le muscle,
tissu vivant, est une véritable chaudière à calories. Si
l’on veut que le pourcentage de masse grasse soit faible, il faut avoir
un maximum de muscle.
>>
LE ZIGZAG: MODE D’EMPLOI
Votre apport calorique moyen étant connu, vous commencerez par diminuer
les calories progressivement. Ce processus se fait lentement et il faut six semaines
pour atteindre l’objectif d’une réduction de 500 calories
par jour. Ce n’est pas une solution rapide, mais il est essentiel de procéder
de cette façon. Pour conserver un maximum de muscle, la diminution doit être
lente et régulière. Prévoyez 4 à 6 repas par jour,
en fonction de votre emploi du temps. En faisant des repas fréquents,
vous pourrez répartir vos calories de façon égale au cours
de la journée et avoir toujours beaucoup d’énergie tout en
assurant un afflux constant d’acides aminés destinés aux
muscles très sollicités par l’entraînement.
Démarrez par une diminution de 300 calories: vous y arriverez facilement
en éliminant des produits très lipidiques, comme les assaisonnements,
la mayonnaise, le beurre et la margarine. Au bout de quatre semaines, supprimez
200 calories de plus par jour: votre réduction totale sera donc de 500
calories.
Après deux semaines de déficit de 500 calories, vous pouvez entamer
le zigzag. À mesure que votre métabolisme ralentit à cause
de “l’effet famine,” vous allez passer en mode hypercalorique:
il vous suffira de consommer à peu près 200 calories supplémentaires
pendant environ trois jours, puis de revenir à un déficit calorique
pendant une semaine.
D’après Tobin Watkinson, nutritionniste clinique diplômé, “la
période entre les deux modes alimentaires est cruciale. Il se peut que
le corps soit prêt à s’adapter au bout de 3 à 4 jours.
Il importe donc que le changement intervienne avant que le poids de référence
ne soit atteint.” Il s’agit là du poids biologique personnel
(pondérostat) vers lequel le corps de chacun tend naturellement. Vu que
le timing est très important, il faut veiller à ce que ce point
d’équilibre soit atteint au bon moment. Comme nous sommes tous différents,
je ne peux faire que des recommandations générales. Essayez plusieurs
périodes de durée différente afin de voir comment vous réagissez.
Ce sont les sucres complexes qui devront fournir ces calories supplémentaires
que vous répartirez sur les trois premiers repas de la journée,
en veillant à ce qu’un de ces repas soit pris après l’entraînement.
Conseiller nutritionnel auprès d’athlètes d’élite,
Eric Derrano précise que l’augmentation des glucides tous les deux
jours peut faciliter le développement musculaire et favoriser la récupération. “Le
régime alterné est un programme qui empêche un appauvrissement
trop important des réserves de glycogène,” souligne-t-il. “Je
préconise des journées à fort apport glucidique lorsque
l’on travaille de grands groupes musculaires comme les jambes ou le dos.
De cette façon, on évite un surentraînement qui risquerait
d’être provoqué par une restriction calorique chronique.”
>> SOLUTION PERMANENTE
Pour que la méthode zigzag soit efficace, il ne faut pas précipiter
le mouvement. Si vous voulez rester mince et musclé toute l’année,
vous devez modifier votre métabolisme et votre composition corporelle
de façon permanente. La seule façon d’y parvenir est de préserver
le muscle tout en éliminant du tissu adipeux. L’atout de l’alimentation
alternée est qu’elle peut même contribuer à une prise
de muscle au cours des périodes de perte de graisse.
Il ne s’agit donc pas là d’un régime que l’on
entreprend pour le stopper quelques mois plus tard. Pour retrouver la ligne,
il convient d’adopter une nouvelle démarche, établie à partir
de données scientifiques prouvant qu’une alternance des modes d’alimentation
permet de tirer parti du potentiel caché de notre corps à brûler
les graisses. Peu conventionnelle, certes, la méthode zigzag garantit
plus de muscle et moins de graisse que les régimes traditionnels. Comme
dans d’autres domaines de la vie, c’est parfois au bout de la voie
la moins fréquentée que l’on trouve les plus grandes récompenses.
M&F
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