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LE POIDS DES CALORIES
PAR BILL DOBBINS
POUR MINCIR, LE VOLUME DE NOURRITURE COMPTE PLUS QUE LA NATURE DES ALIMENTS.
Il existe aujourd’hui une pléthore de régimes concurrents
dont chacun prétend qu’il est “le meilleur” pour perdre
de la graisse. Divers programmes préconisent un apport élevé ou
faible de protéines, une consommation importante ou réduite de
sucres, beaucoup ou très peu de fruits, ou tout autre formule intermédiaire!
Or, les études scientifiques ainsi que l’expérience que les
compétiteurs de bodybuilding ont accumulée depuis des décennies
ont prouvé que la perte de gras se résume à la mise en place
d’un déficit calorique, quels que soient le type d’aliments
consommés ou leurs proportions. En clair, les entrées d’énergie
(calories) doivent être inférieures aux sorties d’énergie,
c’est-à-dire au nombre de calories brûlées par les
processus métaboliques de base et par la dépense physique.
La calorie n’est autre que l’unité de mesure de quantité de
chaleur et donc d’énergie. Les protéines fournissent 4 Kcal
par gramme, les glucides également. D’un autre côté,
avec 9 Kcal par gramme, les lipides ont une plus grande densité énergétique.
Chacun de ces nutriments a une structure biochimique différente et assure
des fonctions spécifiques dans l’organisme. Par contre, une fois
dégradés par l’appareil digestif, tous les aliments sont
scindés en carbone, hydrogène et oxygène, les protéines
renfermant également de l’azote. On peut donc dire qu’à la
base, une calorie d’énergie est une calorie d’énergie,
quelle que soit son origine.
Cette affirmation met en question bon nombre de présupposés très
courants, comme “les glucides font grossir” ou “l’ingestion
de lipides alimentaires provoque une accumulation anormalement élevée
de tissu adipeux.” Dans cet article, nous nous proposons de voir si ces
idées reçues sont vraies ou si, en réalité, la réussite
d’un régime dépend davantage du contrôle de l’apport
calorique que d’un équilibre nutritionnel particulier.
Bien sûr, si l’on cherche à perdre de la masse grasse plutôt
qu’à simplement diminuer le poids du corps, la quantité de
protéines consommées est également importante car on ne
peut pas augmenter ou maintenir la masse musculaire si la ration protidique est
insuffisante. Dans une étude réalisée en 1996 1 et dont
les résultats sont toujours pertinents, on a administré à un
groupe de participants des quantités adéquates de protéines
pendant une période d’activité sportive régulière
(l’exercice étant effectivement indispensable pour conserver la
masse maigre existante). Les sujets ont suivi un régime restreint en calories,
chaque sous-groupe avalant quotidiennement le même nombre de calories.
Toutefois, leur alimentation comportait des quantités de protéines
légèrement différentes et des quantités de glucides
et de lipides extrêmement différentes. Les deux protocoles étaient
les suivants:
(1) 32% de protéines 15% de glucides 53% de lipides
(2) 29% de protéines 45% de glucides 26% de lipides
Au terme des six semaines de l’étude, on a relevé la même
perte de poids dans les deux groupes, ce qui indiquait que “l’amincissement
consécutif à des régimes faiblement caloriques de courte
durée est fonction de l’apport énergétique et non
pas de la composition des nutriments.”
Cette conclusion ne devrait pas vous surprendre. Après tout, les réserves
de graisse de notre corps constituent un surplus d’énergie. Pour
diminuer ces réserves, la solution logique consiste donc à créer
un déficit énergétique, ce qui veut dire (comme nous l’avons
souligné plus haut) qu’il faut apporter au corps moins d’énergie
(de calories) que ce dont il a besoin sur une période donnée. Naturellement,
une consommation excessive de matières grasses met la santé en
péril puisqu’elle aggrave les risques de maladies cardiaques et
de certains cancers. Toutefois, l’étude ci-dessus ne faisait pas
intervenir des régimes riches en lipides et en calories. Il s’agissait,
au contraire, de régimes basses calories contenant un pourcentage de lipides
plus ou moins grand par rapport à celui des glucides.
Quand on analyse cette étude, on pourrait croire qu’elle a été réalisée
dans l’optique du bodybuilding. En effet:
(1) Les sujets devaient s’entraîner pendant toute la durée
de leur régime. L’exercice physique brûle un surcroît
de calories, mais il contribue aussi à assurer le bon état de la
masse musculaire. À l’évidence, l’entraînement
est une composante majeure d’un programme de culturisme.
(2) Pour chaque sujet, l’apport calorique était réparti sur
quatre repas (petit déjeuner, déjeuner, dîner et collation
au coucher) plutôt que sur les trois repas traditionnels. En général,
les bodybuilders font au moins quatre repas par jour et, parfois, jusqu’à six
repas, voire plus.
(3) Le contenu protidique des repas des deux régimes était différent,
mais les écarts étaient minimes et, dans les deux cas, il était
suffisant pour éviter une fonte musculaire consécutive à une éventuelle
restriction en protéines. Quel que soit le régime suivi par un
bodybuilder, il inclut presque systématiquement une consommation élevée
de protéines.
(4) La conjugaison d’une baisse des entrées caloriques et de l’exercice
physique a créé un déficit énergétique suffisant
pour produire une perte de poids significative sur une période relativement
courte.
Au vu des résultats, on ne peut pas dire que le régime d’un
bodybuilder X est correct alors que celui du bodybuilder Y ne l’est pas:
en fait, c’est tout le contraire. Le message à retenir est que toute
démarche visant la perte de graisse et la préservation de la masse
musculaire — qu’il s’agisse d’augmenter ou de réduire
les glucides et/ou les lipides, de manger des laitages ou non, etc. — sera
probablement efficace à condition de:
(1) Créer un déficit énergétique en associant une
diminution des calories avec une activité physique.
(2) Pratiquer un sport assurant une bonne dépense énergétique.
(3) Consommer assez de protéines pour préserver la masse musculaire.
“Je ne suis pas surpris par les conclusions de cette étude,” déclare
Armand Tanny, rédacteur pour Muscle & Fitness et ancien M. USA. “Au
fil des années, les culturistes ont essayé des tas de régimes
différents. Je peux vous assurer que j’ai vu un certain nombre de
stratégies diététiques bizarres! Par contre, tous ces régimes
qui réussissaient avaient une chose en commun: la réduction du
volume d’aliments, donc une diminution des calories. C’est un dénominateur
commun qui ne change pas.”
Effectivement, cette étude ne va probablement pas modifier les pratiques
nutritionnelles de la plupart des bodybuilders de haut niveau qui ont tendance à manger
beaucoup de protéines tout en limitant les graisses et les sucres afin
de diminuer les calories au maximum, et qui accentuent ce déficit énergétique
en faisant de la musculation et du cardio tous les jours. Ces trois facteurs — entraînement,
protéines, basses calories — sont la clé de l’efficacité du
régime culturiste.
Les résultats de ces travaux devraient rassurer ceux qui craignent qu’une
consommation élevée de corps gras n’entraîne une production
importante de tissu adipeux ou qui s’imaginent qu’ils prendront inévitablement
du poids s’ils mangent plus qu’une minuscule quantité de glucides.
En matière d’amincissement, la bonne approche semble se résumer à ceci:
absorber assez de protéines pour éviter la fonte musculaire et
créer un déficit calorique (en mangeant moins et en faisant plus
de sport). En d’autres termes, sauf cas exceptionnels, la quantité de
nourriture ingérée joue un rôle plus important que la nature
des aliments consommés. M&F
BIBLIOGRAPHIE
1. A Golay, AF Allaz, Y Morel, N de Tonnac, S Tankova, and G Reaven. Similar
weight loss with low- or high-carbohydrate diets. Am. J. Clinical Nutrition,
Feb 1996; 63: 174 - 178.
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